Yapým Tarihi - 2009
Süre - 00:00:00
Format - Betacam, Renkli, Türkçe, Ýngilizce
Yönetmen - Emre Akay
LE BOSPHORE DANS TOUS LES SENS
d'Emre Akay
Le Bosphore est la métaphore parfaite de l'entre-deux de la Turquie, entre Est
et Ouest, Nord et Sud, richesse et pauvreté, harmonie et chaos, sérénité et
violence. Et la meilleure méthode pour exposer ces contrastes et contradictions
est l'humour.
Le monde bigarré, drolatique qui vit grâce, autour et à travers le Bosphore nous
fournira les éléments de cet humour.
Pour les uns, paradis de pêche, le Bosphore est source de nourriture, bordé
d'une noria de cafés et de restaurants pour tous les budgets, un gagne-pain,
pour d'autres une plage publique. Pour certains, un lieu de résidence somptueux,
pour d'autres un lieu de travail. Simple chez soi pour l'habitant modeste, il
est lieu d'excursion pour le touriste étranger comme autochtone. Voie de
navigation particulièrement difficile, il est aussi aire de jeux et de loisirs.
Lieu de repos éternel avec ses cimetières "marins" que n'auraient renié feu
Valéry et Brassens, il accueille aussi les folles nuits tonitruantes d'Istanbul.
A Pâques, de courageux Grecs plongent dans ses eaux glacées pour aller chercher
la croix de Saint-André. D'autres s'y jettent devant les caméras TV du haut de
ses ponts suspendus pour clore en "vedettes éphémères" une vie qui visiblement
ne les a pas bien traités. Grand boulevard du commerce maritime qui accueille
d'énormes cargos, pétroliers et paquebots qui ont du mal à négocier les virages
abrupts du détroit à contre-courant des flots dignes d'une rivière de montagne
en crue, il est aussi le point nodal des transports urbains qu'empruntent chaque
jour plusieurs millions de Stanbouliotes. La taxonomie est interminable et
mérite son Prévert.
Synopsis
Comme je vis à Istanbul depuis 8 ans, j'ai l'avantage d'avoir un point de vu
interne et externe sur la région. J'en suis venu à penser que c'est un endroit
d'extrêmes contrastes et contradictions. On y a l'impression d'être au milieu de
tout- Est et Ouest, Nord et Sud, richesse et sous-développement, harmonie et
chaos, paix et violence...
Le Bosphore est plus qu'une métaphore géographique de cette situation- c'est la
scène sur laquelle ces différences se jouent.
Je pense que l'humour est le meilleur moyen pour illustrer les contradictions,
mais malheureusement, nous manquons terriblement d'ironie en Turquie. Nos
histoires ont généralement tendance à être mélodramatiques ou d'un comique de
farce, alors que l'ironie peut être le meilleur moyen de souligner ces
contrastes et contradictions, non pas en guidant le spectateur, mais en le
poussant vers l'introspection.
Le film traitera donc de personnages qui ont tous des relations très différentes
avec le Bosphore. Source de nourriture ou plage publique ; endroit où exhiber
richesses personnelles ou lieu de travail; résidence primaire ou secondaire ;
dernière demeure, comme pour Leyla Gencer, diva qui est morte récemment et a
demandé qu'on y disperse ses cendres, ou lieu de culte, comme pour les croyants
du Patriarcat Grec Orthodoxe Fener qui y plongent chaque année pour récupérer
une croix qui y a été jetée au préalable... Récemment, un nouveau service de
taxis-mer y a été mis en place. Le Bosphore est aussi un endroit de prédilection
pour les suicides, avec beaucoup de gens qui essaient de sauter du pont. Et bien
sûr c'est un lieu de traditions et de progrès, tout comme le reste du pays.
Cette approche via l'humour a plusieurs avantages. Le but principal sera de
trouver des points de vue contradictoires. Par exemple, après avoir parlé à un
groupe de jeunes se baignant dans la mer sans souci, nous parlerions à un
spécialiste de l'environnement à propos des dangers de se baigner dans des eaux
si polluées, et ensuite avec un représentant du gouvernement qui nous
expliquerait que l'eau a été épurée. Ou imaginez plusieurs brèves rencontres
avec des propriétaires de modestes "bar-terrasses", revendiquant chacun la
meilleure vue, et ensuite avec un propriétaire d'une grosse boîte de nuit
branchée revendiquant aussi la meilleure vue, juste avant une rencontre avec un
résident d'un quartier bourgeois se plaignant de la détérioration de sa vue Par
les nouvelles constructions et des sons de disco interminables venant des rives
les nuits d'été. Des Iles des Princes (ou les voitures sont interdites) au
complexe d'appartements de luxe sur d'autres rives, aux petits quartiers
populaires... Des petits villages pêcheurs à l'île de Galatasaray, et peut-être
même au chantier naval de Tuzla où de nombreux employés sont morts dans les
derniers mois à cause du manque de rigueur dans les règles de sécurité. Nous
rencontrerons des capitaines de bateaux-remorques et de bateaux "vapeur" de
transports publics, de cargos, de bateaux ou barques de pêche, qui ont à priori
tous des visions contradictoires du Bosphore. Comme je l'ai déjà dit, diversité
est le mot d'ordre.
Le film se centrera autour de ces disparités pour voir comment différentes
personnes définissent et vivent cet endroit de manières très différentes, nous
donnant ainsi un aperçu de la manière de penser turque, l'humour turc et la
diversité qui habite ces terres... Des accents différents, des visages
différents, des voix différentes. Nous empêcherons ainsi le film de devenir une
série d'images de cartes postales.
Au contraire, le film sera haut en couleurs non pas du fait de ses paysages, qui
ne seront qu'un bel arrière-plan, mais de ses personnages. Le ton serait
méditatif et prudent, ne prenant jamais pour acquis les paroles de nos
protagonistes et cherchant toujours d'autres gens pour les contredire... Et avec
l'accumulation des contradictions elles deviendront peut-être complémentaires,
chacune une partie inséparable d'une "vérité" complexe. Et si l'on ne peut
s'empêcher de s'avancer ici, je dirais que c'est précisément cette diversité qui
a créé Istanbul, et peut-être même la Turquie.
Emre Akay est directeur, rédacteur, scénariste et éditeur d'un hebdomadaire. Ses
films (comme «Forever Onward», 2005) ont été présentés dans de nombreux
festivals.